SANGA MBOA ESSENGUE par EDOUARD KINGUE

SANGA MBOA ESSENGUE par EDOUARD KINGUE

Saga Mboa Essengue

Les 100 premiers jours des déguerpis
En 1963 elle quitte son Ngambé natal a 24 ans pour suivre son fiancé au lieu-dit Mbus’a MISSENGUE en bas de l’hôtel des Cocotiers, une bordure côtière faite de mangroves et dont l’activité principale s’articulait autour de la pêche artisanale et de la commercialisation des produits de mer. Elle s’y est mariée à 24 ans à feu MBAÏ. A 74 ans elle décède à ESSENGUE en 2013 après 50 ans de vie commune et 6 enfants, 19 petits-enfants et 14 arrières petits-enfants. Elle s’appelait SARA NGO NYEMEG. Sa concession de 02 maisons, construites en matériaux définitifs sur 420m² n’existe plus, emporté par la violence d’Etat.


C’était une des pionnières de ce qui était alors « campement de pèche » ; « Was’Ebongo », « TONGO (la rivière d’eaux douce aux lianes entrelacées) », « Mbusa Missengue »…
Mama SARA a passé 50 années de sa vie au quartier Essengue ; elle a vécu les transformations successives liées à l’accroissement progressif du peuplement d’Essengue…
Mama SARA s’inscrit donc dans la lignée de ces pionniers bâtisseurs de l’ancien campement de pêche : SOSSO NJOH VICTOR, PRISO ETEKI EUGENE, SONGUE ALOYS, BELL, NTAMACK, LEP, MANDONE, MPONDO, MINEBE, Ma Iyo MBANGUE de son vrai nom MBANGUE ROSE.
A sept ans Rose rejoint son père PENDA SALOMON pécheur à Essengue ou elle vivra jusqu’à ses 94 ans. C’était la fille d’EWOMBE DICKA MPONDO, nièce de DICKA AKWA, le Chef de l’époque. Elle s’était mariée à Douala Lobé avec qui elle a eu deux filles : MOUSSANGO BERTHA EKINDI, Ebollo ANNETTE.
Que diront les pionniers s’ils ressuscitaient ? 100 jours après la casse du siècle, les populations désormais sans domicile sont réduite à l’animalité, livrées à elles-mêmes. Après leur déguerpissement d’ESSENGUE, L’habitat de 18000 personnes est réduite en décombre : maisons, écoles, mosquées, églises et toutes les activités socioéconomiques ont été rasées…les 5,9 et 10 MARS 2022.
Des images de la honte, une déflagration ayant emportées les homes et les biens. La démonstration flagrante de la face hideuse, effroyable et inhumaine d’un Etat voyou n’ayant apporté à ce jour aucun soutien aux sinistrés, ni du PAD commanditaire des casses, ni des communes municipale ou urbaine, ni de l’État. Tous sont devenus aphones face à une détresse humaine d’une telle envergure. Plusieurs centaines de personnes errent encore sur les décombres et débris de ce qui a été pendant plusieurs décennies leur espace vital, refusant de partir. Mais partir ou ?


Ne pouvait-on pas faire autrement…?
Le silence des autorités est mortifère, il détruit, il tue… Des familles réduites à leur plus simple expression, résignées et qui essayent malgré elles de survivre dans cet environnent, ne sachant ou aller… livrés à elles-mêmes. La misère humaine aux portes de la ville.
Et l’administration se tait. Occupé à spolier, à profaner Nkondo, ou la dépouille d’une pionnière est en attente de la restauration de sa sépulture; à Dikolo, à Mambada, à Japoma…
Quid des 10000 logements sociaux rêvés par l’Etat ? Quid de la politique prônée par le chef de l’État, à savoir « loger tous les Camerounais de manière décente et à des prix abordables ». À Mbanga Bakoko, le gouvernement a lancé depuis dix ans un programme de construction de 56 immeubles. À fin 2020, seulement 33 immeubles constitués de 660 appartements étaient achevés.
Le programme gouvernemental de construction des logements « sociaux » comprenait : la construction de 1 675 logements à Yaoundé (Olembé) et à Douala (Mbanga-Bakoko) pour un coût de 77 milliards FCFA ; la construction de 1 520 logements sociaux avec la coopération chinoise pour un coût de 40 milliards FCFA ; la construction de 10 000 logements « sociaux » et équipements socioculturels par la firme Pizarotti, dont 1 000 en phase pilote pour un coût de 113 milliards FCFA ; et la construction de 800 logements dans le cadre du Plan d’urgence triennal pour l’Accélération de la Croissance pour un coût de 50 milliards FCFA (Banque Atlantique).
Selon l’évaluation faite par le Minhdu en milieu du mois de mai, un total de 540 logements a été construit. Combien sont détruits entretemps ?
2 hectares de terrains arrachés à Dikolo, le monde entier est mobilisé pour la défense de Dikolo. 10 000 hectares de terrains sont arrachés aux MALIMBA, c’est à dire 5 000 fois plus qu’à Dikolo sans la moindre indemnisation ni compensation et personne ne bouge. Nous sommes tous contemplatifs et admirateurs de cette situation.
MALIMBA se meurt. Le veux Douala est en train de disparaitre. Quand allons-nous prendre conscience?

Edouard Kingue

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