POURQUOI CHRISTIANE TAUBIRA EST-ELLE SI NULLE ?

POURQUOI CHRISTIANE TAUBIRA EST-ELLE SI NULLE ?

Par le Pr PATRICE NGANANG

La campagne presidentielle a cette capacité unique : elle révèle les bêtes politiques, et dégonfle les politiciens par nomination. Elle tue le tokenisme. Avec seulement 128 parrainages aujourd’hui il est clair que les ‘Primaires populaires’ n’ont pas donné à Taubira le vent en poupe dont elle a besoin pour passer le cap nécessaire des 500 parrainages. Le délai constitutionnel étant le 4 mars, dans une semaine donc, il est probable qu’elle n’atteindra donc même pas le niveau qu’elle avait en 2002, quand cette condition n’était pas encore inscrite en France comme nécessaire pour être candidate. Mais plus important, elle n’aura donc pas pu capitaliser politiquement sur la stature que son mandat de ministre de la Justice et Garde des Sceaux lui aura donné. Et pire donc, elle se retrouve dans la position inattendue de celle qui contribue à la ‘désunion de la Gauche’, elle qui était entrée en campagne justement pour l’unir – derrière elle.

    Il est plusieurs analyses politiques possibles, mais celle qui sera le moins mentionnée, c’est la race. Le nom ‘Taubira’ – comme d’ailleurs pour ce qui est du Cameroun le nom ‘Kamto’, le Bamileke, pour le changement en 2018 – m’aura servi, et me sert à poser la question du racisme en France. Quand une question est bien posée, les réponses ne peuvent qu’être enrichissantes. La question du racisme en France, il me semble, pour le moment est surtout reduite à la couleur de la peau qui, parce que disqualifiée légalement dans ce pays qui ne reconnaît pas les distinctions raciales ou ethniques, devient du coup un innommé – et quasimment une impossibilité d’action politique.

Or voilà, Taubira n’est pas seulement la seule candidate noire lors de cette élection de 2022 en France, elle est celle qui vient avec le parcours le plus éloquent, et avec elle, c’est donc les Noirs les plus installés dans le système politique francais qui sont disqualifiés. Car sauf Taubira, quel autre Noir aurait donc fait le poids ?

J’ai fait les rues à Paris deux fois, en décembre 2021, et en janvier 2022, avant qu’elle ne soit candidate, et tout le monde ne mentionnait que son nom. Sa disqualification, parce que silencieuse – sur des technicalités dirait-on -, ne lèvera pas la question du racisme en France, or c’est justement cela le problème, le racisme étant un système d’organisation qui a la race comme son unité de base. Évidemment les candidats, tous les candidats qui demeurent sont des Blancs – sans exception. Élection présidentielle monocolore donc, dans une France multicolore.

Il serait trop facile de dire que c’est normal, car le fait que la blancheur des candidats en course soit le normal, est justement un des chapitres du racisme dont une déclinaison c’est le privilège blanc, et une autre la tendance à accuser la victime noire – elle était nulle, elle était une candidate faible, elle est arrivée trop tard, elle n’a pas su capitaliser sur ceci ou sur cela. Blâmer la victime est l’autre face de ce racisme qui fait du Blanc le normal, et lui donne des privilèges, là où les autres, les Noirs, ont des défauts. Le Blanc est le bien, le Noir le mal. Qu’a donc fait Jean Lassale de si particulier pour rassembler les 579 parrainages necessaires ? Et Fabien Roussel ? Et Nathalie Arthaud ? On trouvera plusieurs explications, plusieurs probabilités partisanes.

Mais c’est avec le cas de Zemmour, candidat condamné par la justice, mais adoubé par la scène publique française, et Le Pen, que la fabrication du candidat blanc devient analysable : ils ne pourront donc tous les deux avoir les 500 parrainages nécessaires, que grâce à l’assistance de Bayrou, et l’insistance de Castex, Premier ministre de Macron. Bayrou aura à ces fins constitué une banque de parrainage qui, au final, permettra à des candidats anti-républicains, de devenir candidats à une élection républicaine, et lui-même parrainera Le Pen.

Les racistes seront donc repêchés par un Blanc, pour tout dire. La normalité blanche aura ici installé son paradigme au prix d’un effort particulier, qui a lieu devant nous tous. Effort qui au final devrait permettre la victoire de Macron, comme celle de Chirac en 2002. Le normal blanc est manufacturé publiquement.

L’heure n’est pas aux plaintes, parce que là où l’unité d’analyse est la race, qui cependant est radioactivé dans le système politique français, l’intelligence communautaire est de mise. Car la reponse à Bayrou ne peut pas être de critique, mais d’organisation communautaire. Je ne demanderai pas pourquoi Taubira n’est pas allée dans les communautés noires, arabes, du moins, non-blanches. Elle avait sans doute peur d’être taxée de raciste à revers. Et la peur est mauvaise conseillère, quand justement l’acte de Bayrou est une normalisation indiscutable de la blancheur.

Et pourtant, la question, la véritable question, c’est pourquoi donc les Noirs qui ont une visibilité en France, les leaders d’opinion noirs, de couleur, et autres, ne sont pas montés au créneau pour faire du bruit pour Taubira ? Où est donc Omar Sy ? Où est donc Yannick Noah ? Où sont donc les stars de la musique qui penchent vers la Gauche d’habitude ? Où sont les écrivains pour Taubira, elle qui toujours récite des vers? Où sont-ils pour constituer un front défensif pour sa candidature ?

Pour réveiller les 42,000 parrains dormants sur les 618,384 élus qui en France ont un mandat électif, et lui donner les 378 qui lui manquent? 378/42,000, merde, ce devrait être si facile! À quoi ça sert donc d’être célèbre, sinon pour se constituer un capital moral utilisable comme pression politique, ici par exemple? Les Noirs de France sont afro-descendants, mais n’ont pas encore le reflexe communautaire.

Ils sont encore une couleur de peau, mais pas encore une politique. Or c’est cette politique qui avait porté la candidature de Barack Obama quand en 2006 il était encore sans surface nationale – le support effectif de Toni Morrison, de Oprah Winfrey, lui avait permis de monter sur le piedestal d’une candidature nationale – c’est-à-dire donc, d’avoir les parrainages nécessaires. Et c’est d’ailleurs Oprah Winfrey qui était allée dans plusieurs officines convaincre des politiques encore tatillons ou silencieux, à supporter sa candidature – Dick Durbin étant le plus puissant soutien qu’il avait pu ainsi obtenir.

Pour les candidatures noires, le travail politique n’est que le second chapitre du travail communautaire, et ce travail communautaire, tant vilipendé par la Droite et son extrême en France, est pourtant ce qui aurait donné à la candidature de Taubira le squelette qui lui manque, et qui lui aurait permis de colorier la liste des candidats à l’élection présidentielle qui en France, jusque dans son extrême, est blanche.

La politique communautaire, c’est l’antidote contre le racisme.

SOURCE :(texte tiré de sa page facebook) ===> https://www.facebook.com/patrice.nganang/videos/374225090844598

Par le Pr PATRICE NGANANG

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