COMMENT UN CITOYEN ORDINAIRE A ÉTÉ ARRÊTÉ ARBITRAIREMENT JETÉ EN PRISON ET ACCUSÉ D’HOSTILITÉ À LA PATRIE

COMMENT UN CITOYEN ORDINAIRE A ÉTÉ ARRÊTÉ ARBITRAIREMENT JETÉ EN PRISON ET ACCUSÉ D’HOSTILITÉ À LA PATRIE
COMMENT UN CITOYEN ORDINAIRE A ÉTÉ ARRÊTÉ ARBITRAIREMENT JETÉ EN PRISON ET ACCUSÉ D’HOSTILITÉ À LA PATRIE.
                                                                              Témoignage
“Je m’appelle FOKAM Pierre, né le 04 Avril 1990, fils de FOKAM Célestin et de MENYETE Bernadette, Célibataire et père d’un (01) enfant.
Mon histoire est celle d’une vie brisée à cause d’une guerre fratricide qui secoue les régions anglophones de mon pays et par conséquent met en difficultés de nombreuses familles à l’instar de la mienne.
En 2014, j’exerçais le métier de transporteur par brouette au marché Mokolo à Yaoundé avec un ami du nom de NGUEDE Placide. Au mois d’Octobre de cette année, nous fûmes victimes de la dénonciation calomnieuse d’une dame du nom de Chanceline MVOMO pour avoir dérobé (disparu) avec ses vivres pendant l’exercice de notre métier de débrouillard. C’est alors que mon ami et moi fument détenus à la Prison Centrale de Yaoundé – Kondengui (PCY) sous Mandat de détention Provisoire. Cinq (05) mois plus tard, nous avions été acquittés purement et simplement.
Pendant que nous étions encore au sein de cette structure pénitentiaire, je fis la connaissance de Monsieur INONI Ephraïm, Ancien Premier Ministre, détenu à la Prison Centrale de Yaoundé-Kondengui (PCY) pour Détournement des Deniers Publics. Pour mettre à profit mon séjour carcéral, j’aidais ce dernier comme majordome. Un majordome au sein d’une prison a pour rôle d’effectuer des tâches ménagères et services divers au profit de son employeur ou maître contre une petite rémunération hebdomadaire ou mensuelle. Satisfait de mes loyaux services à son endroit, Monsieur INONI Ephraïm me remit dix mille Francs (10.000 F CFA) et un numéro téléphonique le jour de ma sortie de prison. Le numéro avait pour but de contacter une de ses connaissances à un éventuel emploi pour m’occuper.
Il faut noter qu’avant que je ne sois victime de la dénonciation calomnieuse qui m’a valu cinq (05) mois d’incarcération, j’avais fait des économies qui me permirent de m’inscrire au Centre de Formation à la Conduite Automobile ‘’Notre Dame’’ de Mokolo (Yaoundé) où je m’étais présenté à l’examen du Permis de Conduire avant mon incarcération.
Au sortir de prison et dans la quête d’un emploi, je m’appropriais d’abord de mon Permis de Conduire ; quelques jours plus tard, j’appelais le numéro qui m’avait été offert par l’Ex-Premier Ministre dans l’espoir d’un éventuel emploi.
Jusqu’ici la chance me souriait, un univers nouveau s’ouvrait à moi, l’espoir de revivre renaissait peu à peu, car le monsieur venait de me promettre un emploi dans une palmeraie dans le Nord-Ouest plus précisément dans le village de ‘’SABO NGARI’’.
Le 19 Février 2015, j’effectuais le voyage dans le Nord-Ouest (Bamenda) rencontrer pour la première fois mon nouvel employeur au nom de CHE Cilas. Je m’engageais à travailler à son compte pour un contrat permanent rémunéré à hauteur de Quatre-Vingt-Cinq Mille Francs CFA (85.000 F CFA).
Un salaire avec lequel je surmontais peu à peu mes besoins et assurais la survie de ma petite famille. Au départ de ma carrière professionnelle avec ce dernier, j’assistais Monsieur Emile, Chauffeur titulaire d’un Pick-Up avec qui nous transportions au quotidien à travers la palmeraie pour l’usine de pressage, les régimes de noix de palme.
Presque deux (02) années de services sous la conduite de Sieur Emile, je devins Chauffeur titulaire lorsque ce dernier trouvait un emploi de chauffeur de Camion-Citerne d’une société à Douala. Après environ neuf (09) mois de fonction comme chauffeur titulaire où je percevais déjà quatre-vingt-quinze mille Francs CFA (95.000 F CFA) vint alors le jour fatidique qui basculait tout espoir d’une vie glorieuse que peut aspirer tout jeune de ma classe sociale.
Au cours de la journée du 13 Avril 2018, Monsieur CHE Cilas nous annonçait un nouveau contrat qu’il venait de signer et nous promettait d’en discuter avec nous des nouvelles modalités plus tard. Ce même soir, mes collègues et moi scellions alors notre sort avec la crise anglophone qui battait son plein dans la région et mettait en mal le bien-être et la tranquillité des populations.
Aux environs de 22heures, pendant que nous nous apprêtions à aller au lit, j’entendis le ronflement des véhicules qui se garaient dans la cour de notre résidence, puis quelqu’un frappait à la porte du local qui nous servait de couchette. Pythagore se renseignait à savoir qui c’était. Monsieur CHE Cilas se présentait. C’est ainsi que Pythagore ouvrit.
CHE Cilas accompagné de deux (02) hommes nous intimaient l’ordre de sortir. Sortis de nos couchettes de force, nos yeux bandés dans la cour. Pythagore, moi et deux (02) autres collègues fûmes emmenés pour une destination inconnue. Après plusieurs heures de voyage sur une voie bitumée apparemment, puis caillouteuse, ils nous firent descendre du véhicule avant de continuer le périple à pieds pendant près de quarante (40) minutes. Cependant, avec les yeux non bandés. Frappé de peur, je me réservais de poser des questions à mon patron devenu mon bourreau car j’ignorais déjà être victime des affres de la crise anglophone qui sévissait dans la région. Nous entrions dans un camp de fortune mal éclairé où on pouvait apercevoir beaucoup d’hommes armés postés ici et là.
Les yeux larmoyants, je ne m’en revenais pas que ce soit mon employeur qui m’a donné l’espoir de vivre après ma sortie de prison qui soit devenu mon bourreau.
Dans le camp de concentration, la première instruction était celle de : « Rester obéissant et que nous devrions désormais résider ici ». Retenu captif dans un camp de ravisseurs, je me suis résolu de faire profil bas afin de ne pas subir des conséquences traumatisantes. Ce qui n’était pas le cas de mon collègue ‘’francophone Pythagore’’ qui réfuta et immédiatement il a été remmené par nos bourreaux. Quelques minutes plus tard, j’entendis un coup de feu et Pythagore ne revint plus jamais. En Pidgin, mes geôliers m’informaient de la situation : ‘’Le gars qui est parti est-il ton frère ? Je répondis par l’affirmatif. A lui de rétorquer : « sache qu’on vient de lui tirer dessus . Si tu veux lever la tête, tu verras ». Après ces déclarations, ils me montraient une cabane où je pouvais me coucher .
Curieusement les deux (02) autres collègues anglophones se joignirent t à eux au tour d’un grand feu de bois dans la cour. Malgré la faible luminosité ambiante, je pouvais apercevoir des personnes ligotées non loin de moi, couchées à même le sol. Envahi de peur, je transpirais à grosses gouttes de sueur, par conséquent je ne pouvais accepter de me laisser emporter par le sommeil. Toute la nuit, je méditais mon sort. Je priais espérant voir le jour se lever aussitôt. Je pouvais régler la montre pour avancer l’heure mais pas le temps. Pendant que le jour se levait peu à peu, je m’efforçais à écouter le moindre bruit autour de moi et à travers le camp afin de me rassurer de la présence des âmes de bonnes volontés pouvant passer par là et me venir au secours.
Aux environs de 06heures, je pris mon courage et sorti de la cabane pour m’asseoir sur un plancher qui servait de banc. De là, je pouvais apercevoir quelques hommes armés postés en sentinelle et énumérer les captifs qui étaient ligotés. Il y avait aussi une sorte de cellule où étaient enfermées d’autres personnes.
Pendant que je m’appropriais de la connaissance des lieux que vint vers moi un homme armé me saluer puis s’en aller. Quelques minutes plus tard, vint un autre avec des vêtements que je dois lessiver. C’est lorsque je lavais ces vêtements que Sieur CHE Cilas revint. Il me rétorqua une fois de plus comme à la veille « Désormais, tu ne dois pas sortir d’ici » et il s’en alla aussitôt s’entretenir avec ses hommes.
Depuis mon kidnapping jusqu’au 23 Janvier 2019, je travaillais encore comme majordome cette fois-là dans le camp de concentration où j’étais retenu captif : j’étais réduit tout simplement à un esclave.
Deux jours avant, Sieur CHE Cilas me promettait ma libération contre une mission à Yaoundé et une récompense de Trente Cinq Millions (35.000.000) F CFA à partager avec mes commissionnaires. Une mission contre laquelle je ne pouvais encore me résigner car j’imaginais une occasion de fuite une fois que je serai à Yaoundé.
Le mercredi 23 Janvier 2019, CHE Cilas vint me chercher au camp, il me demanda de m’apprêter et de le suivre dans son véhicule. Sieur CHE Cilas armé de son pistolet, deux de ses hommes et moi embarquions dans un véhicule de marque Toyota Prado gris immatriculé CD (Corps Diplomatique) aux environs de 18 heures, destination Yaoundé. En passant par GALIM, nous nous arrêtions pour embarquer trois (03) autres personnes.
Pendant que nous continuions le voyage, CHE m’expliquait alors l’objet de notre mission à Yaoundé. En ce qui me concernait, je devais leur montrer les chemins à emprunter pour atteindre une destination souhaitée dans la ville de Yaoundé. Comme lieu à s’y rendre ; les destinations étaient les suivantes : Ministère des Postes et Télécommunications et le Ministère de l’Administration Territoriale.
Aux environs de 06heures 30 minutes – 07heures, nous arrivions à Yaoundé et nous nous rendions d’abord à l’école publique de Bastos. Un monsieur s’approchait du véhicule ; après nous avoir souhaité la bienvenue, il lui remit de l’argent pour nous entretenir. Nous retournions vers le Rond-Point Nlongkak à la recherche de quoi manger. Après avoir déjeuné dans un restaurant, nous embarquions encore tous chercher un coin pour étancher la soif. Toujours au Rond-Point Nlongkak non loin du Restaurant, un Snack-Bar déjà ouvert. Nous nous y rendions tous. Pendant que nous prenions un pot, j’ai demandé à CHE de me permettre de fumer, il me remit 500 F CFA.
C’est alors que je réussis à m’échapper. Je pris la direction qui menait vers la Sous-Préfecture. En chemin, je rencontrais un militaire à qui je fis part de la situation. Semblant pressé et en retard à son service, il me confia à un policier posté non loin de nous qui me remmena aussitôt au poste de police du Ministère des Postes et Télécommunications. Là, je fus enfermé dans un bureau pendant environ vingt-cinq minutes.
Vingt-cinq minutes plus tard, revint le policier accompagné des gendarmes. Après une brève explication des faits, je suis remmené au SED (Secrétariat d’Etat à la Défense chargé de la Gendarmerie). Arrivé au SED, ils me présentaient immédiatement au Colonel à qui j’ai aussi expliqué la situation. Il intimait l’ordre à ses éléments de m’embarquer et aller à la recherche de CHE Cilas et autres.
Arrivés au Rond-Point Nlongkak plus précisément au coin où nous prenions un pot, ils n’y étaient plus. Ils me remmenaient au SED.
Gardé au SED, seul dans une cellule, quelques jours plus tard, je fus victime d’une crise. Je me réveillais une fois dans un lit d’hôpital. Encore convalescent sur ce lit d’hôpital, vint un Officier Adjudant de Gendarmerie avec des papiers qu’il m’ordonnait de signer. Après que la perfusion soit terminée, je fus remmené directement au Tribunal Militaire. Du Tribunal je fus remmené pour complément d’enquête. Quatre fois de suite, renvoyé pour complément d’enquêtes, le 05 Avril 2019, le Tribunal Militaire ordonna ma Mise en Détention Provisoire à la Prison Centrale de Yaoundé avec pour motif : Hostilité contre la Patrie, Révolution, Complicité d’acte de terrorisme, cessession, Détention et Port d’armes, Défaut de Carte Nationale d’Identité (CNI).”

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