Achille Mbembe chez Fabien Eboussi Boulaga

Achille Mbembe chez Fabien Eboussi Boulaga

Le chauffeur m’a conduit chez lui, à l’autre bout de la ville. Je ne me souviens plus du nom du quartier. Je crois que c’est Mimboman.

Le long du chemin, un traffic monstre. Pas un seul feu de signalisation. Véhicule après véhicule. De toutes sortes. Des plus rutilantes aux plus décharnés, dangers vivants pour tout ce dont ils s’approchent. Klaxons intempestifs, hauts parleurs bombardant des sonorités prolixes, vendeurs ambulants à l’assaut des passants, mobylettes serpentant la chaussée, un bruit assourdissant dans cet univers baroque, où tout semble sortir de tout et ramener à tout, dans un désordre aussi joyeux qu’éprouvant – le réalisme cynique!

J’avais passé le téléphone au chauffeur et il lui avait donné des indications. Il fallait s’arrêter à un endroit appelé ‘Dernier Poteau’.

J’ai sauté dans les bras de Fabien comme un enfant. Il m’a tenu contre lui et je pouvais sentir son corps frêle contre le mien. Son beau visage rayonnait de son légendaire sourire. Il était manifestement ravi. À deux reprises, je lui ai demandé comment il allait, comme pour me rassurer et comme pour lui signifier une interdiction. Il ne m’a pas lâché de sa main ferme et nous sommes descendus chez lui.

Il m’a soigneusement montré sa demeure, tous les espaces, non sans me donner des détails biographiques sur qui occupait quelle chambre. Mais il y avait surtout les livres, les documents, appelons tout cela ses ‘archives’. Il y avait surtout ce rayon ‘philosophie’ sur lequel trônaient des classiques, des livres d’antan, des livres d’autrefois, témoins de la force de cet érudit, sans doute le tout dernier d’une génération de savants que le reste de l’Afrique nous aura tant envié.

Nous nous sommes assis. Chaque phrase, chaque mot, chaque blague – inoubliable. Chaque trait de ce beau visage aussi. Ces mains qui bougent sans cesse, et qui accompagnent chaque geste et chaque parole d’une sorte de dessin.

On a évidemment évoqué ceux qui sont partis – Engelbert, Jean-Marc, Meinrad, et plus récemment Éloi et beaucoup d’autres.
Il m’a montré sa thèse de philosophie soutenue à Lyon en 1968 sur le mythe du dialogue chez Platon, une œuvre écrite d’abord à la main, puis dactylographiée. Elle est en train d’être digitalisée. Pas facile. D’innombrables expressions et termes techniques en grec.                          

Il m’a raccompagné à la porte. Je suis parti plus riche que lorsque j’étais arrivé. Alors que démarrait la voiture, je pouvais voir de la fenêtre son beau visage rayonnant, l’inoubliable visage de Fabien EBOUSSI  BOULAGA.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire Connexion